Arras a deux visages bâtis. Celui des places, d'abord : la Grand-Place et la place des Héros alignent des façades à pignons flamands des XVIIe et XVIIIe siècles, reconstruites à l'identique après la Première Guerre mondiale, avec le beffroi inscrit au patrimoine mondial. Celui de la reconstruction ensuite : la ville ayant été détruite à plus de 70 % entre 1914 et 1918, une grande partie de son parc résidentiel date des années 1920, en brique, souvent bien construit, avec des cours intérieures et des caves profondes. Saint-Michel, Ronville, Méaulens et les Blancs-Monts relèvent de cette seconde catégorie.
La conséquence pratique est simple : dans le périmètre protégé et ses abords, tout élément technique visible depuis l'espace public relève d'une autorisation et d'un avis de l'architecte des Bâtiments de France. Une unité extérieure de pompe à chaleur posée en façade ou sur un balcon donnant sur rue est refusée dans la quasi-totalité des cas. Nous partons donc de la question inverse : où peut-elle aller sans être vue ? Cour intérieure, courette arrière, toiture-terrasse basse, pignon masqué. Le relevé se fait sur place, le dossier de déclaration préalable se prépare avant le devis définitif.
Les cours intérieures arrageoises posent leur propre problème technique. Fermées sur trois ou quatre côtés, hautes de deux à trois niveaux, elles brassent mal l'air : une machine qui réaspire son propre soufflage perd rapidement en performance par temps froid, exactement quand le besoin culmine. Nous vérifions le volume disponible, la hauteur libre et l'orientation, et nous refusons les implantations où l'air ne peut pas circuler, plutôt que de livrer une installation qui décevra au premier vrai hiver.
Le sous-sol arrageois mérite aussi une mention. La ville est creusée de boves, ces carrières de craie aménagées sous le centre depuis le Moyen Âge, utilisées comme caves puis comme abris. Toute intervention qui suppose un terrassement, même modeste, se prépare en sachant ce qu'il y a dessous. Nous privilégions les fixations murales et les dalles posées plutôt que les massifs coulés, et nous écartons d'emblée les liaisons enterrées profondes dans le périmètre concerné.
Côté machine, le bâti des années 1920 se comporte bien. Murs de brique pleine, hauteurs raisonnables, radiateurs souvent en fonte et donc surdimensionnés : la pompe à chaleur air/eau basse température y fonctionne bien dès lors que les combles ont été isolés. Nous vérifions systématiquement ce point pendant la visite, car c'est lui qui décide entre une machine standard à 50 °C et une haute température plus coûteuse.